Félix Dyotte

Avec son premier album solo homonyme paru en mai 2015 sous étiquette Coyote Records, Félix Dyotte a su honorer avec noblesse la tradition française dans ses expressions les plus jubilatoires (Gainsbourg en tête, mais également Anne Sylvestre, Brigitte Fontaine et leurs successeurs Vincent Delerm et Benjamin Biolay) en leur juxtaposant une modernité arrogante et poétique empruntée à la brit-pop et ses émules (The Smiths, Belle and Sebastian, Blur). Le résultat fut inédit et les conséquences celles que l'on connaît : une séduction des médias et fans de musique confondus, qui se sont à l'unisson pendus aux lèvres du chanteur à la fois mélancolique et naïf. Les adeptes de sa formation Chinatown furent conquis en retrouvant le timbre grave, les images sensibles superposées aux mélodies entêtantes et le public s'élargit encore en le découvrant aux FrancoFolies de Montréal, au Coup de coeur francophone, à la Place des Arts ou encore en première partie de l'irradiante Coeur de pirate à travers la province, synthétiseurs électrisants et charme débonnaire en prime.

Où cet album déchirant nous aura déposés, Félix Dyotte nous relèvera, envolées de cordes au bout des doigts, lumière au bout des lèvres, tambour battant au coeur. Après avoir arpenté le Québec et la Chine (Mars en folie 2016) une année durant, c'est la tête débordant des empreintes colorées de ses voyages qu'il s'attèle à l'album à venir. Célébré par ses pairs au GAMIQ 2015, sacré auteur-compositeur de l'année, nommé comme révélation de l'année et pour l'album pop de l'année, il aura ponctué les derniers mois de collaborations cristallines avec Kandle (Effeuille-moi le coeur) et la comédienne Evelyne Brochu (C'est l'été, c'est l'été, c'est l'été) qui l'auront gratifié d'un rayonnement viral, puis international, insoupçonné. Celui qu'on qualifie de relève musicale indubitable (Monique Giroux) et qu'on célèbre comme l'un des portes-étendards de la chanson à texte et de l'émancipation culturelle (Alain Brunet) se prépare à nous ravir d'une nouvelle offrande plus séduisante encore, dans l'expérience de sonorités électroniques portées encore une fois par la finesse incomparable de sa plume.

 

POLITESSES 

Le cœur désormais léger et l'âme en fête, Félix Dyotte se fond à présent dans les formes abstraites des paysages qui abritent ses errances. Politesses est un album en exode de la ville, porté par les relents païens d'une nuit d'été aux abords d'une maison de campagne, ponctué des couleurs fauves de la côte amalfitaine, embaumé de parfums entêtants au détour d'une ruelle à Guangzhou. Félix Dyotte incite au voyage, effleurant au passage le romantisme aristocratique de ces lieux de transit incertains: gares, routes, stations balnéaires, pistes d'atterrissage. Des chansons impressionnistes comme autant de tableaux qui nous enivrent en prenant d'assaut tous nos sens, des hymnes hédonistes qui rendent un certain hommage à la vie rêvée, menée dans une bouffée d'émoi et de charme.

Se joignent au voyage les compagnons habituels: Jason Kent à la basse, Francis Mineau (Malajube) et Guillaume Éthier (Jimmy Hunt) à la batterie, Philippe Brault aux arrangements de cordes et Carmel Scurti-Belly aux chœurs. Des passages remarqués également de Béatrice Martin (Cœur de pirate) et de la comédienne Evelyne Brochu, qui se livrent à deux duos, l'un qui martèle l'espoir dans la désillusion sur fond lancinant de tambours de guerre, l'autre beau comme une brise d'air salin qui fait couler les larmes de la rédemption amoureuse. Visite également du comparse Philémon Cimon, qui se perche là-haut, sur une ballade déchirante qui raconte toutes les beautés du monde que certains n'entreverront jamais.  

Politesses reprend le fil où le titre «Calme-toi» s'était posé: après une bouffée d'air glacial sous un ciel sans nuages. Les mélodies se réclament d'un purisme nouveau, les influences contemplent un orchestre de tambours japonais, une chorale d'enfants brésiliens, le chant d'un oiseau quelque part dans les Cantons-de-l'Est. La plume est plus jolie que jamais et c'est l'oeil entrouvert sur le pays des merveilles de Félix Dyotte que nous le retrouvons avec ravissement.